Tendinite de l’épaule après des années de gestes répétitifs, surdité liée au bruit, affection respiratoire due à l’amiante, épuisement professionnel : lorsqu’une maladie est liée au travail, sa reconnaissance comme maladie professionnelle ouvre droit à une prise en charge à 100 % des soins, à des indemnités journalières majorées et, en cas de séquelles, à un capital ou à une rente. La démarche doit être engagée par le salarié lui-même.
Ce que dit la loi
Le code de la sécurité sociale (article L. 461-1) organise trois voies de reconnaissance.
- La maladie figure dans un tableau et toutes les conditions du tableau sont remplies (désignation de la maladie, délai de prise en charge, durée d’exposition, liste des travaux) : elle est présumée d’origine professionnelle. Le salarié n’a pas à prouver le lien avec son travail.
- La maladie figure dans un tableau mais une condition manque (délai dépassé, travail non listé) : elle peut être reconnue s’il est établi qu’elle est directement causée par le travail habituel. Le dossier est alors soumis à un comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP).
- La maladie ne figure dans aucun tableau : elle peut être reconnue si elle est essentiellement et directement causée par le travail habituel et qu’elle entraîne le décès ou une incapacité permanente d’au moins 25 % (article R. 461-8). Le CRRMP est là aussi saisi. C’est la voie des pathologies psychiques (dépression, épuisement professionnel), dont le code admet expressément la reconnaissance.
Les délais à respecter
La déclaration est faite par le salarié à sa caisse primaire, accompagnée d’un certificat médical initial. Le code prévoit un délai de quinze jours après la cessation du travail (article R. 461-5), mais le délai réellement déterminant est celui de la prescription : deux ans à compter de la date à laquelle un certificat médical vous a informé du lien possible entre votre maladie et votre activité professionnelle (articles L. 461-1 et L. 431-2). Une déclaration tardive n’est donc pas forcément perdue.
La caisse dispose ensuite de 120 jours francs pour se prononcer ou saisir le CRRMP (article R. 461-9). Si elle saisit le comité, un nouveau délai de 120 jours s’ouvre ; le dossier est mis à votre disposition pendant 40 jours, et vous pouvez y ajouter des pièces et des observations pendant les 30 premiers jours (article R. 461-10). C’est le moment utile pour verser des attestations de collègues, des fiches de poste, des documents sur les cadences ou l’exposition.
En cas de refus
La décision de refus peut être contestée devant la commission de recours amiable de la caisse dans les deux mois de sa notification (article R. 142-1), puis devant le tribunal judiciaire (pôle social), dans les deux mois de la décision de la commission ou de son rejet implicite. Ces délais ne vous sont opposables que s’ils ont été mentionnés dans la notification (article R. 142-1-A). Lorsque la contestation porte sur le taux d’incapacité, elle suit une voie médicale distincte.
Ce que cela change pour vous
- Demandez à votre médecin traitant ou au médecin du travail s’il existe un tableau correspondant à votre pathologie : la présomption vous dispense de toute preuve.
- Rassemblez dès maintenant les éléments sur votre exposition : ancienneté au poste, cadences, produits manipulés, bruit, port de charges.
- Après la reconnaissance, le taux d’incapacité fixé par la caisse peut être contesté, et la question d’une éventuelle faute inexcusable de l’employeur se pose, avec une indemnisation complémentaire à la clé.
- Le salarié en arrêt pour maladie professionnelle bénéficie, comme après un accident du travail, d’une protection contre le licenciement et de règles de reclassement renforcées en cas d’inaptitude.
La reconnaissance est une procédure administrative, mais ses enjeux sont ceux d’un dossier d’indemnisation : chaque pièce versée au bon moment compte.
Sources
- Code de la sécurité sociale, article L. 461-1 (voies de reconnaissance) (Légifrance)
- Code de la sécurité sociale, articles R. 461-5, R. 461-8, R. 461-9 et R. 461-10 (délais) (Légifrance)
- Code de la sécurité sociale, article L. 431-2 (prescription de deux ans) (Légifrance)
- Code de la sécurité sociale, articles R. 142-1 et R. 142-1-A (recours) (Légifrance)
Cet article présente une information juridique générale à la date de sa publication. Il ne constitue pas un conseil adapté à une situation particulière.